Hugo Bouxom Psychologue

Choisir une psychothérapie

Le verdict du Dodo, ou pourquoi le choix de la méthode compte moins qu'on ne le croit.

Psychanalyse, TCC, EMDR. La question de l'école revient à chaque premier rendez-vous. La recherche la travaille depuis cinquante ans, et sa réponse simplifie beaucoup la décision.

Aucune école ne se détache

Depuis les années 1970, des centaines d'études ont comparé les grandes formes de psychothérapie entre elles : psychanalyse et thérapies d'inspiration analytique, thérapies comportementales et cognitives, thérapies humanistes, EMDR. Sur l'anxiété et la dépression de l'adulte, aucune ne se détache nettement des autres.

Ce résultat a un surnom : le verdict du Dodo. Il vient d'Alice au pays des merveilles, où le Dodo organise une course sans départ ni ligne d'arrivée, puis déclare que tout le monde a gagné (Rosenzweig, 1936 ; Luborsky et al., 1975).

Ce verdict connaît des exceptions (Öst et al., 2015). Dans plusieurs troubles anxieux, un travail d'exposition graduée occupe une place centrale, et je le propose quand c'est indiqué. Le verdict vaut par ailleurs pour des thérapies structurées, conduites par des personnes formées. Mais sur le gros du champ anxio-dépressif, l'écart entre les écoles reste faible.

« Tout le monde a gagné, et tous doivent recevoir un prix. » Le Dodo de Lewis Carroll, arbitre d'une course sans vainqueur.

Alors qu'est-ce qui fait la différence ?

Si les écoles se valent, c'est que l'essentiel se joue ailleurs. La qualité du lien de travail. L'accord sur ce qu'on cherche et sur la façon d'y arriver. Le fait que l'explication proposée vous paraisse tenir debout. Et la conviction de la personne qui vous reçoit (Wampold & Imel, 2015).

Le lien entre alliance thérapeutique et résultats est l'un des plus stables de la littérature (Flückiger et al., 2018). La personne qui vous reçoit pèse plus lourd que l'étiquette de son école. Il faut une méthode, et il faut que vous puissiez y adhérer. Laquelle importe moins qu'on ne le croit.

À méthode égale, les résultats varient d'un praticien à l'autre. Les plus efficaces sont ceux qui nouent une alliance solide avec des patients très différents.

Quatre questions à vous poser après les premières séances

Elles valent pour tout le monde, moi compris. Certaines ne se laissent juger qu'au bout de deux ou trois rendez-vous.

  1. Est-ce que j'ai trouvé une écoute, sans jugement ni pression ?
  2. Est-ce que l'explication qu'on m'a proposée de ma situation me parle ?
  3. Est-ce que je vois ce que nous allons faire, et pourquoi ?
  4. Est-ce que je me sens capable de dire non, ou de dire que ça ne va pas ?

Une réponse franchement négative à l'une d'elles mérite d'être posée à voix haute au rendez-vous suivant. Si rien ne bouge, aller voir ailleurs est une décision saine. Je le dis d'avance pour que ce soit dicible le moment venu.

Références
  • Flückiger, C., Del Re, A. C., Wampold, B. E., & Horvath, A. O. (2018). The alliance in adult psychotherapy: A meta-analytic synthesis. Psychotherapy, 55(4), 316-340. https://doi.org/10.1037/pst0000172
  • Luborsky, L., Singer, B., & Luborsky, L. (1975). Comparative studies of psychotherapies: Is it true that everyone has won and all must have prizes? Archives of General Psychiatry, 32(8), 995-1008.
  • Öst, L.-G., Havnen, A., Hansen, B., & Kvale, G. (2015). Cognitive behavioral treatments of obsessive-compulsive disorder: A systematic review and meta-analysis of studies published 1993-2014. Clinical Psychology Review, 40, 156-169.
  • Rosenzweig, S. (1936). Some implicit common factors in diverse methods of psychotherapy. American Journal of Orthopsychiatry, 6(3), 412-415. https://doi.org/10.1111/j.1939-0025.1936.tb05248.x
  • Wampold, B. E., & Imel, Z. E. (2015). The great psychotherapy debate: The evidence for what makes psychotherapy work (2e éd.). Routledge.

Ce que vous reconnaissez, et ce qui vous laisse froid, sont des informations utiles. Dites-le au premier entretien.

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